Casa particular

Episode 1

Nous sommes tous tour à tour des îles à double tour - Che Guevara plane sur la ville. La Havane 2002 © Gwenaëlle Sachet

Nous sommes tous tour à tour des îles à double tour – Che Guevara plane sur la ville. La Havane 2002 © Gwenaëlle Sachet

Lorsque j’ai décidé d’aller à Cuba en février 2002, il m’a paru essentiel de rencontrer des personnes à Paris qui connaissaient ce pays, cubain ou pas.

C’est ce que je fais quand je veux me rendre quelque part. Je m’arrange parce que je ne veux pas que les hôtels soient la seule possibilité. C’est une question d’argent mais pas seulement. Pouvoir compter sur un accueil change la vision de l’arrivée dans un pays que l’on ne connaît pas. Il y a pourtant des pays où je me suis rendue sans avoir d’adresses précises et sans que cela ne me pose de problème. Pour Cuba, je sentais quelque chose de complètement différent. Je sentais qu’il fallait que j’y aille avec au moins une adresse pour les premiers jours et qui ne soit pas celle que j’aurai pu trouver dans un guide de voyage ou sur internet. Il fallait que le voyage à la Havane commence à paris qui est la ville où j’habite.

J’étais donc à Paris en train de chercher une ou plusieurs maisons et personnes chez qui j’aurai pu aller une fois arrivée à La Havane en février 2002. J’avais terminé ma maîtrise d’ethnologie.Le Laboratoire d’ethnologie des mondes contemporains de l’Université Paris 7 m’envoyait en mission à Cuba pour réaliser une enquête de terrain sur les casas particulares pour les touristes à La Havane .

Je me suis souvenue que lorsque je préparais ma licence d’anthropologie, Madame Olinda Celestino qui était une de mes enseignantes, m’avait parlé d’un de ses étudiantes qui s’était rendue à la Havane pour réaliser sa recherche de Maîtrise d’anthropologie sur le cinéma cubain des années 90.

Ce travail de Maîtrise je l’ai localisé à la bibliothèque universitaire de Saint-Denis et j’ai ensuite contacté Marie-Catherine Scherer.Nous nous sommes données rendez-vous pour discuter. Marie-Catherine Scherer était arrivée dans la nuit à la Havane et avait partagé un taxi avec un couple de cubains qu’elle avait rencontré dans l’avion: pour se rendre de l’aéroport jusqu’au centre-ville, dans le quartier de La Havana Vieja.

Ce soir-la le couple l’avait accompagné jusqu’à l’adresse où elle voulait se rendre mais dans la rue,l’immeuble leur avait paru peu accueillant. Le couple avait préféré passer quelques coups de fil. Ils avaient en tête le souvenir de leur voisine qui louait parfois sa maison. C’est donc chez cette voisine que Marie-Catherine avait passé la nuit et les trois mois qui ont suivi. Elle venait de me dire que cette femme de soixante ans vivait seule dans un appartement dans le quartier du Vedado. C’est précisément l’adresse de cette femme que Marie-catherine Sherer voulait me donner.La location de cette chambre n’était pas déclarée mais c’était ce que je cherchais car le prix était accessible : 10 dollars par jour.

Nous sommes tous tour à tour des îles à double tour - Taxi cubain léopard. La Havane 2002 © Gwenaëlle Sachet

Nous sommes tous tour à tour des îles à double tour – Taxi cubain léopard. La Havane 2002 © Gwenaëlle Sachet

Mon hébergement va donc se faire chez Z. Marie-Catherine Sherer lui a téléphoné. Elle est d’accord pour m’accueillir chez elle. J’apprends que les dernières fois que Marie-Catherine s’ rendue à Cuba, Z l’avait déclaré au Centre  Révolutionnaire  du quartier en tant qu’amie. L’autorisation d’accueil est donc possible pour les amis et les membres de la famille des cubains.

-« Est-ce-que Z va me déclarer ? » ai-je demandé à Marie-Catherine.
Ça va dépendre du nombre de jours que tu veux passer chez elle. » m’a t’elle répondu.

Elle me dit que si Z va la déclarer c’est parce qu’elle est « révolutionnaire ». Une amie de Marie-Catherine est aussi allée chez elle l’année dernière pour passer quelques jours.

Pour mon arrivée à la Havane, Marie-Catherine m’a chargé de remettre des lettres et des paquets à ses amis. Ce sont des cadeaux, des petites choses qui font plaisir et qui manquent à Cuba : des habits, des shampoings, du savon, des boucles d’oreilles, des brosses à dents. Elle me dit qu’il y a une lettre pour une voisine qui pourra me donner beaucoup de renseignements sur les casas Particulares.

Les amis des amis créent les voyages. D’ailleurs, je viens de recevoir un mail de mon ami Ernesto qui est au Costa-Rica et que je vais aussi retrouver à la Havane. Il m’écrit que la maison où nous pouvions aller n’est plus disponible. La bonne nouvelle était qu’il avait une nouvelle adresse : celle de la mère d’une amie cubaine qui vit au Costa-Rica. Il n’y aura aucun problème paraît-il car elle était péruvienne.

Gwenaëlle Sachet