Nous sommes tous tour à tour des îles à double tour - L'enfant de la maison.La Havane 2002 © Gwenaëlle Sachet

Photographier La Havane rend libre

Episode 7

Nous sommes tous tour à tour des îles à double tour - L'enfant de la maison.La Havane 2002 © Gwenaëlle Sachet

Nous sommes tous tour à tour des îles à double tour – L’enfant de la maison.La Havane 2002 © Gwenaëlle Sachet

Un après-midi à la Havane, j’ai décidé que ce serait sur le toit d’une maison que je prendrai des photos. J’ai traversé la rue et j’ai trouvé celui que j’allais photographier.

En février 2002, le jeune homme a tout de suite accepté que je le photographie. Je l’ai suivi jusqu’au premier étage de sa maison. J’ai photographié sa petite sœur. Je lui ai demandé de s’asseoir dans une chaise en élastique orange. J’ai pu photographier sur le toit en terrasse de la maison : photographier à La Havane permet d’aller où l’on veut. Cette relation je n’ai pu m’empêcher de la chercher avec les gens que j’ai rencontré dans la maison. J’ai photographié sa mère et sa sœur « en quelques secondes » après leur avoir demandé. La mère a décidé de se mettre directement à côté de la fenêtre. Elle s’est mise devant l’image du Christ au mur en posant sa main sur la télévision. C’est à cet endroit qu’elle se sentait le mieux fâce à moi et mon appareil photo. Ces photos prisent sur le toit et à l’intérieur de la maison me font réfléchir à ce qu’est le désir d’images : à la manière que chacun trouve pour communiquer.

Mon désir d’image était un désir de présence et de relation. J’ai mis en image mon « obsession » (objectif) à la Havane qui était de trouver une maison pour quatre semaines. Je voulais vivre en Casa Particular non déclarées et payer entre 5 et 10 dollars par jour. Je désirais enter dans les maisons de gens que je ne connaissais pas. J’avais envie d’y sentir ce qui peut se créer avec la simple présence d’un appareil photo : objet transitoire avec lequel communique le photographe.

Dans mon carnet photographique du mois de février 2002 que j’ai passé à la Havane, il y a des photos de la ville, de ses rues avec peu de gens, un panneau du Che Guevarra, le Malecon, des cyclistes et voitures. Il y a une photo prise à l’intérieur comme celle d’un enfant de dos dans une des pièces de sa maison. Elle reflète la simplicité de l’instant photographique, sa richesse et sa pauvreté. Ces photos sont ma mémoire, comme une trace, un indice.
Les couleurs de mes photographies sont saturées et le grain est très présent car La Havane a du caractère.

J’ai obtenu ce style en faisant des tirages croisés : j’ai photographié avec une pellicule diapositive que j’ai ensuite fait développer au laboratoire comme si c’était une pellicule couleur classique.

Nous sommes tous tour à tour des îles à double tour - La maison singulière de Santa Maria.La Havane 2002 © Gwenaëlle Sachet

Nous sommes tous tour à tour des îles à double tour – La maison singulière de Santa Maria. La Havane 2002 © Gwenaëlle Sachet

J’ai photographié une maison peinte en bleue avec un muret en brique blanches et bleues en damier. Il y avait uunique petit palmier dont on avait peint le tronc en blanc. C’était dans la petite ville de Santa Maria, à coté de la plage de Micaito. Cette maison à 45 minutes de la Havane représente pour moi une maison « imaginaire » où le palmier semble être le seul habitant. C’est pour cette raison que je l’ai photographié bien au centre. Je l’ai « portraitisé » parce que je trouvais cette mise en scène surprenante. C’était peut-être la seule maison peinte de cette manière à La Havane. La grille était ouverte mais la porte fermée. Aucune discussion ne m’a fait entrer dans cette histoire. Au contraire dans la maison d’Ivoska la péruvienne qui m’a accueilli, chez elle, dans la ville de Los Pinos en sortant de la Havane, il y avait beaucoup d’histoires mais je n’en garde aucune image. Alors j’utilise mentalement la photo de cette singulière maison pour penser à celle d’Ivoska.

Gwenaëlle Sachet